Cimetière

Paris Games Week : en France, on n’a pas de Call of Duty, mais on a des indés


Dans son communiqué de presse, la Paris Games Week se targuait de convier à son grand banquet des jeux estampillés Made in France. Pour la première fois depuis sa création, le salon dédiait en effet un stand aux jeux indépendants, faisant suite aux différentes démonstrations d’intérêt du gouvernement et du Sénat pour cette industrie culturelle désormais plus que florissante. En parallèle à l’intervention du sénateur Bruno Retailleau, la semaine dernière dans nos colonnes, nous nous sommes entretenus avec William David, cofondateur du studio Swing Swing Submarine (Blocks That Matter, Tetrobot and co.), à propos de cette tentative de réhabilitation des « petits » du jeu vidéo français.

C’est donc la première année que la PGW accueille un espace pour les jeux indépendants français. D’un point de vue personnel, vous avez pu observer un regain d’intérêt pour les jeux indés dernièrement ?

« C’est déjà bien, il paraît qu’il y a d’autres années où il y avait des indés planqués derrière des skate parks ou je ne sais pas quoi. »

Pour ce qui est de cette vision par rapport à la Paris Games Week, je ne saurais pas dire : on est sur un stand d’indés, mais pas un stand d’indés qui a été organisé par la Paris Games Week elle-même. C’est Capital Games qui a créé ça. Par conséquent, je ne peux pas dire d’une manière affirmée que la Paris Games Week aime les jeux indés, notamment parce que nous sommes très éloignés des autres stands, nous sommes placés avec les stands de formations de jeux vidéo, la PGW Junior, donc on est encore mis à part. Même si on fait des jeux au même titre que les gros – mais en étant plus petits – on est mis de côté.

Mais c’est déjà bien, il paraît qu’il y a d’autres années où il y avait des indés planqués derrière des skate parks ou je ne sais pas quoi. Donc c’est vrai que, pour ce qui est d’un regain d’intérêt pour la Paris Games Week, je peux pas dire. Quand j’ai envoyé un mail à la Paris Games Week pour savoir comment on faisait pour exposer, ils m’ont renvoyé vers Capital Games, donc en tout cas quand quelqu’un les contacte, ils font au moins la passerelle pour trouver le bon organisateur.

Paris Games Week

Pourquoi la France commence-t-elle seulement à s’y intéresser selon vous ? Le pays affiche-t-il vraiment un si grand retard vis-à-vis de l’aide et de la reconnaissance de ces entreprises indépendantes ?

Le gouvernement aide quand même le jeu vidéo depuis un certain moment, notamment à travers le CNC. Ensuite c’est vrai que le jeu vidéo reste en France encore et toujours un sous-produit culturel. Mais les politiques s’y intéressent depuis qu’ils savent que ça fait de l’argent et là par exemple la ministre Fleur Pellerin [chargée des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Innovation et de l’Economie numérique, ndlr] est passée lors de la séance d’inauguration de la Paris Games Week. Elle est passée dans le stand Made in France.

C’est difficile de savoir si c’est juste un écran pour faire genre qu’ils sont intéressés ou s’ils sont sincères et qu’ils veulent vraiment aider. Puis, ça va, ça vient, aussi. Là on a un gouvernement à peu près de gauche. Traditionnellement, ils sont plus axés sur la culture, du coup on a un certain regain. C’est vrai que le fait qu’il y ait une exposition à la Cité des Sciences c’est quand même bien. Il y a quelques aides pour les petites boîtes : nous par exemple on est petits, on a eu une aide [de la part du CNC, ndlr]. Donc oui y’a un regain, mais ça va, ça vient, c’est pas complètement acquis.

On remarque que cet engouement commence à émerger alors que le bilan pour le jeu vidéo français et ses studios serait relativement mauvais selon les discours tenus aux European Indie Game Days.

« Quand tu t’adaptes pas, tu meurs. » — William David

Disons que le jeu vidéo français va mal pour les studios moyens. Pour les petits studios comme nous et pour les gros studios ça se passe bien, le problème se pose pour les studios moyens qui morflent : ils sont trop gros pour être considérés comme des studios indépendants comme nous, et ils sont trop petits pour concurrencer les gros comme Ubisoft et compagnie. Je ne dirais pas que le jeu vidéo va mal, mais il faut savoir s’adapter, vraiment. Quand tu t’adaptes pas, tu meurs. Forcément c’est compliqué, c’est très dur de faire un jeu, de le sortir et de faire en sorte qu’il soit rentable mais il y a des possibilités pour tout le monde.

Nous on s’en sort pas trop mal, c’est peut-être pas un bon exemple de prendre un modèle de réussite et de dire « c’est possible », mais le fait est que je ne suis pas sûr qu’il y a 5 ans on aurait pu faire quelque chose. Avant il y avait des petits projets – par exemple Éric Chahi c’était un peu un indé avant l’heure – ensuite il y a eu que des grosses productions et pas de place pour les petits. Maintenant il y a de la place aussi bien pour les petits que pour les gros. Le problème reste vraiment pour les studios dits moyens qui se prennent toute la crise en pleine figure.

Dans le compte-rendu des European Indie Game Days de jeuxvideo.fr, on peut lire que « le crowdfunding semble être une fausse solution à la question du financement ». Est-ce votre avis ?

Paris Games Week

Pour moi la question du financement, il ne faut pas se dire que ça va être si facile que ça. Par exemple, avec Blocks That Matter on a été aidés, on a réussi et c’est ça qui nous permet de vivre. C’est vrai que je pleurais un peu au début, on ne pouvait pas faire Seasons [Seasons after Fall le premier et gros projet du studio Swing Swing Submarine qui a été mis en pause, ndlr], mais en même temps on n’avait rien, on n’avait pas prouvé qu’on pouvait le faire et qu’on allait utiliser cet argent intelligemment. Je suis plutôt pour dire qu’il faut essayer, si ça marche tant mieux si ça marche pas tant pis.

Mais avoir un jeu vidéo qui soit sous perfusion financière ça ne sert absolument à rien. Ça ne sert à rien de n’avoir que des subventions pour financer des trucs qui ne fonctionnent pas. C’est bien qu’il y ait des aides, mais c’est bien aussi que les studios arrivent à se débrouiller seuls. Faut pas croire que parce que l’on fait des jeux vidéo et que c’est notre passion que tout nous soit (sic) dû. Parfois on se focalise trop sur ce qu’on aime et du coup on se dit « c’est pas normal, on devrait aider le jeu vidéo et pas les autres », mais je suis sûr que les gens qui adorent les livres ou les écrivains vont dire « pourquoi le jeu vidéo et pas les livres ? »

Pour ce qui est du crowdfunding, on n’a pas essayé donc je ne peux pas dire. En tant que joueur, je ne suis pas fan du crowdfunding parce que je n’aime pas donner de l’argent à des choses qui n’existent pas encore. J’aime payer pour des jeux auxquels je peux vraiment jouer. On aimerait bien l’essayer aussi mais on pense que c’est mieux de l’utiliser et de s’en servir pour la communication avant tout, et mettre le côté financement en second plan. Sur ce point-là, le crowdfunding ça a un impact, il y a des gens qui savent que ton jeu existe. C’est vrai que ce qui est bien avec le crowdfunding c’est que encore une fois c’est une alternative pour faire des projets qui étaient impossibles à créer avant.

 

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