Cimetière

Steam : la domination du monde en mode freestyle ?


On vous parlait ici des projets du studio Valve et de son directeur Gabe Newell de conquérir le monde du jeu vidéo. Le tout à coups de soldes scandaleusement séduisants, de stratégie marketing ambitieuse et de fidélisation religieuse du joueur. Quelques détails supplémentaires de ce plan machiavélique nous sont parvenus durant toute cette semaine, déclinant peu à peu le nouvel outil de siège prêt à envahir le salon, SteamOS. La question étant : Valve maîtrise-t-il vraiment son sujet ou non ?

Chasse gardée des constructeurs Microsoft, Sony et Nintendo, nos salons s’apprêtent donc à héberger un tout nouveau système d’exploitation. Son nom : SteamOS, conçu pour la télévision et essentiellement orienté jeu vidéo (bien qu’on puisse supposer que d’autres caractéristiques émergeront au fil du temps). Gratuit, a priori disponible sous peu, le système conçu par Valve aura pour mission de faire tourner ses logiciels sur console de salon. PS4 ? Xbox One ? Wii U ? Eh non. Aussi étrange que cela puisse paraître, Steam compte faire fabriquer ses propres machines avec le concours de partenaires tiers. C’est-à-dire qu’il n’y aura pas un seul modèle de box intégrant Steam, mais autant que de constructeurs désirant utiliser le SteamOs, chacune « proposant différentes spécifications, prix et performances ». Bref, un « choix multiple » comme se complaît à communiquer le studio. Voilà donc comment Valve dispose ses pions pour contrer les plus gros acteurs du marché console. Mais a-t-il réellement mis toutes ses chances de son côté ?

Un plan de communication fébrile

Sortes de micro-PC rendues accessibles aux sous-doués du clavier, les Steam Machines de Valve tentent un pari osé. Espérer investir le salon avec une offre aussi plurielle est très risqué, la multiplication des machines réduisant d’autant la fixation du consommateur sur un produit, encourant par conséquent un déficit de fidélité. Nintendo est actuellement en plein dedans, avec sa Wii U perçue par beaucoup, et à juste titre, comme une extension de la Wii, voire une version 2.0. Quelque part entre la légende urbaine et la console fantôme. Même problème pour la DS et la 3DS. Déjà que le mimétisme de ces consoles portables provoquait chez le consommateur un manque de visibilité flagrant, les 3DS XL, la prochaine 2DS, les anciens modèles que sont les DS Lite, DS XL, etc., entretenant une confusion problématique, qui a longtemps plombé le lancement de chaque console nomade japonaise.

« Transition, ouverture, limitation : les diverses annonces relatives à Steam sont autant de pistes à suivre que de sentiers de perdition. »

Et malgré un festival de teasing qui laissait présager une offre claire en trois points, les propositions de Valve paraissent pour l’heure encore bien fades. L’annonce d’hier soir aurait dû casser la baraque. Sauf qu’en lieu et place du fantasme Half-Life 3, le public a dû se contenter d’un accessoire : le Steam Controller, manette de fait dédiée aux Steam Machines. Conjuguant soi-disant la densité d’un clavier et la simplicité d’une manette de console, le pad de Valve propose donc de rendre accessibles certains gameplays connotés PC, type jeux de stratégie en temps réel (STR) à la Starcraft. Comment ? Via ses deux surfaces tactiles séparées par un écran (tactile lui aussi). Valve promet une sensation proche de celle du duo souris-clavier, loin des errances du duo habituel de sticks Xbox 360 et PS3, système plus ou moins à l’ouest dans le type de jeu cité.

Accessoire matérialisant la tentative de putsch de Valve, le Steam Controller exclut pourtant d’emblée les jeux de combats, voire de plateforme. En bref, tous les styles de gameplay qui demandent d’être réactif en matraquant des boutons, ici très mal placés en milieu de manette. Transition, ouverture, limitation : les diverses annonces relatives à Steam sont autant de pistes à suivre que de sentiers de perdition. Si l’ensemble de ces éléments demandent bien évidemment à être expérimentés, avec comme toujours l’influence du temps et des changements possibles de comportement des joueurs, cette première salve a tout de la décharge de fusil-à-pompe. Puissante mais imprécise.

Steam

L’autre désavantage de cette communication, c’est qu’elle s’adresse à un public relativement averti. Chez Valve, on pénètre dans le marché lentement mais sûrement, en s’adaptant et en évoluant en permanence face à la demande. C’est ce qui s’est passé pour sa plateforme dématérialisée lors de son lancement en 2003, on suppose donc que Valve ne s’arrêtera pas là non plus pour ses machines et son SteamOS. Pour le moment, il est vrai que les annonces faites par la corporation en laissent quelques-uns perplexes, et il est légitime de se poser des questions sur la suite des événements.

« Comment Steam va-t-il projeter les joueurs PC, son principal marché, dans leur salon ? »

Comment Steam va-t-il projeter les joueurs PC, son principal marché, dans leur salon ? La seule question du confort, de pouvoir jouer manette en main dans son canapé et devant un écran TV sera-t-elle vraiment un argument convaincant ? Après tout, les habitudes ont la vie dure, et outre le jeu, l’ordinateur reste un outil multitâche optimal qui connaît assez peu de concurrents. Les regards se tournent donc du côté des développeurs et autres bidouilleurs informatiques qui se feront une joie de tester la bête et de chercher à atteindre ses limites – les machines et OS étant totalement modifiables –, proposant peut-être à terme une nouvelle façon de concevoir le jeu dans son salon.

You just activated my trap card

Ce qui s’annonce davantage comme le plus gros pari pour Valve et son partenaire Linux, c’est bien le taux de pénétration de ce dernier sur le marché. En tant que système d’exploitation, Linux ne représente en effet qu’1 % des parts. Et pour cause : Linux nécessite de solides connaissances en matière d’informatique et de programmation pour être bien configuré. Cependant, en étant intégré directement dans une machine destinée à terme à un public relativement large, Linux pourrait finalement se faire une petite place au soleil parmi les autres OS, tout en draguant dans son sillon une inédite culture du libre pour tout utilisateur. Du style : « oui, il n’y a pas que Apple et Microsoft dans la vie. » Dans ce cas de figure, Steam réussirait là où tous les nerds auraient échoué depuis des lustres : convaincre le commun des mortels que Linux, c’est pas si mal, c’est même franchement cool.

En somme, même si la communication de Steam n’a pas créé autant d’effervescence qu’espéré, il n’en reste pas moins clair que le studio a un but : conquérir le public du salon, et il n’a pour sûr pas encore dit son dernier mot. Beaucoup se sont vus déçus par le manque d’annonce de nouveaux jeux (Half-life 3 en tête, qu’on n’espère plus) ou encore d’un nouveau moteur graphique. Il faudra désormais prendre conscience que Valve s’est lancé dans une conquête qui demandera probablement beaucoup de patience. Quitte à ce que la création de jeux vidéo soit temporairement reléguée au second plan.

En collaboration avec Pierre MAUGEIN

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